Une Cité du Cerveau, le «CERN du XXIe siècle», voilà ce que Charles Beer et son pote de toujours, Charles Kleiber, promettent à la Genève Internationale et à son Université-qui-est-la-meilleure-université-généraliste-du-monde pour l’année 2018. Nos deux rêveurs au sourire charmeur désirent attirer à Genève plus de 9000 professeurs et des dizaines de millions d’étudiants pour étudier un objet sphérique et mou de trois livres qui s’apprête frit avec une sauce aux câpres. Charles Kleiber, cet esprit fulgurant contemporain, hybride helvétique de BHL et de Voltaire avec une once de Steve Jobs, vient de passer deux années de sa vie à esquisser le portrait futur de la pointe de la Jonction, là où se rencontrent la vulgaire Arve savoyarde et le noble Rhône valaisan. Il désire y installer « un centre de recherche, de formation et d’innovation de réputation mondiale, qui ferait la jonction (LOL!) entre les sciences et l’art » et qui viserait à comprendre l’homme… enfin son cerveau surtout. (Mais c’est la même chose, hein!)
Cette belle entreprise en devenir, pensée en collaboration avec la vice-rectrice démissionaire Anik de Ribaupierre, se nommera Jonxion 21 «parce qu’il faut croiser les énergies pour les multiplier, comme les eaux qui se mélangent» ainsi que pour rendre hommage aux vandales et autres MC du cru. Toutefois, Charles Kleiber le révèle: cette ultramégagigacité de la connaissance pure aurait aussi bien pu s’appeler Synergie 21 ou Tortue Géniale 21 «parce qu’il faut croiser les énergies pour les multiplier, comme une fusion entre Sangoku et Sangohan.» Au-delà de la façade que représente son nom, quel est donc le projet scientifique qui sous-tend Jonxion 21? Les éminences grises genevoises ont la volonté de collaborer avec le programme de modélisation du cerveau Blue Brain de l’EPFL – une adaptation au cortex du Blue Balls, le fameux programme de simulation des testicules du MIT – financé par Jacques Séguéla et une ribambelle de cinquantenaires français qui ont réussi leur vie (plus communément appelé « la Fondation Hans Wilsdorf. »)
Jonxion 21 sera constitué de trois modules: «Un Centre international en neurosciences, l’Ecole des arts réunis et une infrastructure de liaison qui fera le pont entre les sciences, les arts et la ville et permettra d’accueillir les usagers et les milliers de visiteurs qui voudront découvrir le campus» ainsi qu’une «galerie du futur ou des temps», diorama géant où des cerveaux armés de beaux yeux et de grandes lèvres parleront d’eux-mêmes – de leur quotidien de responsables de la conscience ou des émotions - aux visiteurs. Selon le sourire de Charles Beer, Jonxion 21 se veut «à l’image de la cité de la Villette, à Paris,» un modèle à la fois frais, novateur et démocratique. Mais le projet genevois sera bien mieux que sa contrepartie française puisque la recherche fondamentale y figurera en bonne position. Et le programme de recherche du CERN cérébral du XXIe siècle décidé par Charles Kleiber est tout bonnement révolutionnaire: « Il s’agit de mettre en évidence les mécanismes de la création artistique: comment crée-t-on? Quel était le lien entre le génie de Mozart et sa personnalité.» Merci chers politiciens de vulgariser avec tant de talent les neurosciences. Peut-être que pour l’inauguration, vous pourrez emprunter le cerveau de Gauss. Il paraît que ses nombreux plis expliquaient le génie du mathématicien.

Lire une personnalité à travers son corps: Avec Jonxion 21 Beer et Kleiber recyclent de vieux rêves malheureusement oubliés.




Doux Jésus Grands Dieux, j’espère que nos 2 politiciens savent au moins que les neurosciences essaient avant tout de confirmer certaines théories raciales (vous savez, cette histoire de taille de cerveau et de parenté avec un faciès de singe -ou pas-, en concordance avec des traits de caractère ou de régime alimentaire, hein, ces vieux trucs de dégueulasses), avant même d’essayer de lier les concepts de « personnalité » et de « génie ».
Ensuite, pour la réussite lucide de leur projet, j’espère que Mozart aura assez de lucidité pour causer lucidement de sa personnalité, aussi.
Enfin, j’espère de tout coeur qu’ils sauront me dire à travers un test neurologique si je suis un génie.
Sinon effectivement, 1. votre article est très drôle, 2. on est tous effarés par la portée démocratique et novatrice du projet.
Il y a quelques années, Charles Kleiber déclarait qu’il y avait deux types de sciences, les masculines (sciences dures) et les féminines (sciences humaines, donc molles comme la chair.) Là, il est en train d’essayer de créer un hermaphrodite si je comprends bien.